UNE BATAILLE APRÈS L'AUTRE
- Émilie REDONDO
- 26 nov. 2025
- 4 min de lecture
Année de sortie : 2025
Durée : 2h42
Genre : Action
Réalisé par : Paul Thomas ANDERSON
Casting : Leonardo DICAPRIO, Sean PENN, Chase INFINITI, Teyana TAYLOR, Benicio DEL TORO, Regina HALL, Alana HAIM, Paul GRIMSTAD, Shayna MCHAYLE
Synopsis : 16 ans après avoir fui son groupe de révolutionnaire, suite à la trahison de sa compagne et l'une des membres les plus respectés, Bob, l'ancien artificier drogué et paranoïaque, vit en marge de la société, avec sa fille Willa, indépendante et pleine de ressources. Quand Willa se fait enlever par l'ennemi juré du groupe révolutionnaire, Bob va devoir faire face à son passé et tout mettre en œuvre pour la retrouver.
Bref : Beaucoup de choses dans ce film. Peut-être trop. Décevant.
Comme à son habitude, Paul Thomas ANDERSON affiche de grandes ambitions, évidentes à l'image, pour son dernier film, dont la promesse est alléchante : un réalisateur qui a connu certains succès (Magnolia, There will be blood, Licorice Pizza), des moyens conséquents (130 millions de dollars de budget), un casting masculin solide, une jeune actrice prometteuse et de l'action.
Adaptant librement le roman Vineland de Thomas PYNCHON, le réalisateur transpose l'action, qui se déroule à l'origine sous la présidence de Ronald REAGAN, aux années des présidences TRUMP (la fiction ayant rattrapé la réalité). Le réalisateur fait des choix créatifs mêlant de nombreux genres comme le film d'action, le film d'auteur, le blockbuster, la comédie, le film de braquage, le buddy movie (film de copains), la romance, le drame et le stone movie (catégorie où les protagonistes sont majoritairement drogués) entre autres, marquant ainsi son film de sa patte la plus caractéristique.
Cette multitude de genres fini toutefois par perdre le spectateur en route, désorienté par des changements assez brutaux et sans transition. D'un point de vue technique, malgré un tournage en vista vision 35 mm (format de l'image horizontal beaucoup utilisé dans les années 1950), l'image est assez moche. Sans doute est-ce dû à une photographie tantôt blafarde, tantôt aux couleurs chaudes, à des cadrages approximatifs (voire flous), à un montage sans rythme, et à des variations constantes de mise en scène.
Ce manque de fluidité touche tout le scénario, qui se révèle parsemé d'incohérences. La même critique s'applique à ses personnages. Car, bien que le réalisateur arrive dès les premières minutes du film à en imposer l'existence, en quelques scènes et plans, la suite de leur traitement manque de clarté, en particulier concernant leur psychologie contradictoire. Ses protagonistes se révèlent au final être des archétypes assez caricaturaux.
Seul est épargné le personnage de Willa, campé par l'excellente Chase INFINITI, dont c'est le premier rôle au cinéma. Son personnage est le plus réaliste et le mieux construit : une jeune fille, abandonnée par sa mère et livrée à elle-même par son père toujours défoncé, qui s'est prise en main grâce à l'enseignement de son sensei (Benicio DEL TORO).
Malgré un manichéisme de façade, avec d'un côté les "gentils" (?) (Pat, le père artificier drogué, Perfida la révolutionnaire déchaînée, le reste des révolutionnaires et les immigrés) et de l'autre, les "méchants" (?) (le Colonel Lockjaw "GI Joe" avec un balai dans le postérieur, les militaires et les policiers moutons, ainsi que les suprémacistes en col blanc), le scénario ne fait qu'exacerber leurs traits marquants et leurs comportements parfois incompréhensibles (voire agaçants), mais peine à leur donner une vraie profondeur.
Film éminemment politique de par les thèmes soulevés (gestion de l'immigration, dérive totalitaire de l'État policier, révolte citoyenne…), les évidentes critiques de chacun des groupes se mélangent dans un maelstrom de personnages dont les trajectoires se croisent de façon anarchique, sans parvenir à faire oublier les trous dans la raquette scénaristique liés aux enjeux clés.
Trous que la musique, agressive et agaçante, digne d'un mauvais film d'horreur à petit budget, ne fait que souligner. Reste à ajouter des faux raccords particulièrement visibles (cheveux du Colonel Lockjaw, alias Sean PENN, ou encore les portières de voitures qui se ferment comme par magie !) et vous avez le combo !
Les changements permanents de genre, marqués par des coupes, des raccords brutaux et des ellipses passant du coq à l'âne, emportent les personnages. Ils se débattent dans une histoire tournant autour d'une idée directrice, laissant de côté des intrigues secondaires, servant uniquement à broder, qui auraient pourtant mérité de meilleurs développements.
Les arcs narratifs, principaux et secondaires, se résument à un état de départ qui s'égrène tout au long du film, sans permettre de réelles évolutions. Pour certains, on se demande même quel sort leur a été réservé : qu'en est-il de Perfida ? Que deviennent les hauts gradés révolutionnaires capturés ? Le scénario n'offre aucune réponse.
Il faut enfin revenir, même brièvement, sur ce qui est LA scène, catalyseur de toute la symbolique du film : celle de la "courses poursuite" finale. Oui, une "course poursuite" avec des guillemets, car techniquement, il y a bien des voitures qui se poursuivent sur une route, mais on n'est pas devant la saga des Fast & Furious. Filmée en caméras embarquées (dans/sur les voitures), avec des voitures beaucoup trop éloignées les unes des autres pour que ce soit crédible, sur une route sinueuse et vallonnée, le tout mixé par un montage pataud (surtout très lent) et vous vous ennuyez en ayant le mal de mer. Les bruitages de moteurs font à peine illusion. Non seulement une cible ratée, mais une vraie catastrophe filmique !
Au final : De bonnes intention et ambition, mais une histoire avec des incohérences, des personnages exubérants à peine crédibles, une technique qui laisse à désirer, au moins 40 minutes de films en trop. Un seul verdict : passez votre chemin sans regret !



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