PROJET DERNIÈRE CHANCE
- Émilie REDONDO
- il y a 1 jour
- 5 min de lecture
Année de sortie : 2026
Durée : 2h37
Genre : science-fiction, drame, aventure, action
Réalisé par : Phil LORD et Christopher MILLER
Casting : Ryan GOSLING, Sandra HÜLLER, James ORTIZ, Milana VAYNTRUNB, Lionel BOYCE, Ken LEUNG, Liz KINGSMAN, James WRIGHT
Synopsis : Ryland Grace, professeur de sciences, se réveille seul à bord d’un vaisseau spatial, à des années-lumière de la Terre, sans aucun souvenir de son identité ni des raisons de sa présence à bord. Peu à peu, sa mémoire lui revient, et il comprend l’enjeu de sa mission : résoudre l'énigme de la mystérieuse substance qui cause l'extinction du Soleil. Pour tenter de sauver l’humanité, il va devoir faire appel à ses connaissances scientifiques et à des idées peu conventionnelles… Mais une amitié inattendue pourrait bien l’aider à ne pas affronter cette mission tout seul.
Bref : Excellent ! Petit miracle et bonne surprise, ce film va vous surprendre par sa qualité ! À ne pas manquer, de préférence sur grand écran !
Entrons directement dans le vif du sujet : c'est un très bon film porté par un très bon Ryan GOSLING. Autant dire une anomalie. Sa filmographie n'engageant pas vraiment à le considérer comme un bon acteur, depuis ses débuts il fait figure de "belle gueule" du cinéma, rangé dans la catégorie mono-expressif, qui a enfilé superficiellement les différents costumes de ses rôles, plutôt que de vraiment les incarner. Un constat pourtant étonnant, vu la qualité de certains des films dans lesquels il a joué (La Faille, Les Marches du pouvoir, First Man, N'oublie jamais, …).
Pour la première fois, l'acteur semble (enfin) gagner ses lettres de noblesse et ses galons de comédien. Dans Projet dernière chance, il incarne réellement le Professeur Grace, scientifique de génie au comportement fantasque, à qui il est demandé de sauver le monde. Ce personnage a permis à l'acteur d'utiliser une palette d'émotions inédites. Son interprétation est juste tout au long du film, alternant avec brio l'humour à froid, une certaine candeur, la peur, la tristesse, la résilience, etc. Le spectateur sent que l'armure de l'acteur tombe face à ce personnage aussi complexe que touchant.
En lui faisant le magnifique cadeau de porter le film sur ses (presque) seules épaules, les deux réalisateurs, Phil LORD et Christopher MILLER, lui ont offert une opportunité rare de s'immerger dans ce rôle, mais aussi dans cette histoire. Cela a probablement été facilité par une écriture du scénario au cordeau, faite dans le respect du roman éponyme d'Andy WEIR (aussi l'auteur de Seul sur Mars), dont il est l'adaptation.
Le spectateur découvre l'histoire, construite avec beaucoup d'intelligence, en même temps que son principal protagoniste. En effet, le film s'ouvre sur le réveil du Professeur Grace, totalement perdu, ignorant l'endroit où il se trouve (dans une station spatiale) et amnésique des circonstances qui ont bien pu l'y conduire. Par un savant jeu de flashbacks (tous très symboliques, on va y revenir), les réalisateurs font la navette (c'est le cas de l'écrire), passant du présent au passé. Ces passages sont matérialisés par des plans en rotation d'images. Cela donne l'impression de passer de l'antigravité de l'espace, que constitue le présent, à la gravité terrestre, qui, elle, représente le passé.
Phil LORD et Christopher MILLER ont d'ailleurs su éviter les écueils techniques communs à tous les films se déroulant dans l'espace, en répondant à la principale question : comment filmer et avoir un rendu crédible des scènes, sans donner soit le mal de mer soit une impression claustrophobique aux spectateurs ? D'abord, en faisant un vrai travail préparatoire approfondi sur les conditions et les contraintes de la vie dans l'espace (malgré quelques incohérences et raccourcis, qui finissent par être anecdotiques). Puis, en se référant à des données scientifiques de base crédibles, grâce à une collaboration étroite avec la NASA. Enfin, en soignant la photographie (par Greig FRASER), en maîtrisant la vitesse des mouvements de caméra et les cadrages pour les rendre visuellement clairs, et en les synchronisant parfaitement avec les effets spéciaux et visuels.
Le plus dur étant fait, reste que le spectateur, déjà happé par la forme particulière du récit, n'a plus qu'à se laisser porter par des décors bien construits, une mise en scène qui intègre autant le sérieux scientifique, l'intensité dramatique, que la boutade et le comique de situation, le tout enrobé dans une bande originale qui souligne judicieusement chaque phase du film.
En plus de sa forme, l'histoire reste quand même particulièrement fournie en symbolismes et sous-textes. Le plus flagrant est le rôle à poigne de la Directrice d'une organisation mondiale (impressionnante Sandra HÜLLER, dont c'est le premier film américain), réunissant les plus grands scientifiques de la planète pour trouver le moyen de la sauver : il faut une femme pour organiser le sauvetage et réparer les dégâts. Tout comme le concept du message dans une bouteille que pourrait figurer la navette/station spatiale lancée pour rapporter le remède à notre soleil mourant. Celui aussi du dépassement de l'individualité et des nationalités pour se réunir autour d'un objectif qui concerne tous les humains, mais surtout notre planète. Ou encore l'éternelle question d'une possible "vie", autre que celle présente sur Terre, dans l'infini de l'espace, qui ramène l'humanité à plus de modestie, face à l'éventualité qui est proposée.
Sans pouvoir guère plus en écrire, sans dévoiler ce qui fait réellement le sel de ce film, celui-ci invoque inévitablement la question de la peur de l'inconnu, sous toutes ses formes, de la meilleure façon de la surmonter, en faisant preuve de courage, mais aussi d'humilité et de bienveillance. Vision pessimiste (ou réaliste ?) d'un éventuel futur, laissant à un seul humain la lourde charge de s'y confronter, comme si l'espèce (en tant que groupe) en était incapable, ou vision optimiste, qui voudrait qu'en un seul humain rescelle les ressources intellectuelles et morales pour tout arranger ?
Reste que ce film est un cas typique de réponse du berger à la bergère dans la guerre que se livrent les deux plus importantes plateformes de contenus à la demande, Projet Dernière Chance (Project Hail Mary en version originale) reste un petit miracle, tant le nombre de variables pouvant mal tourner était élevé. Par chance, les planètes se sont alignées pour qu'il arrive en l'état dans les salles obscures. Il n'y a qu'à espérer qu'en plus de passer un très bon moment, le spectateur capture et reparte avec la graine d'un espoir pour l'avenir et le sort de notre belle planète.
Au final : Très bien fait, beau, à la fois émouvant, intense et drôle, ce film de science-fiction porte un authentique et réel message. Indispensable et inratable !



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