LE DIABLE S'HABILLE EN PRADA 2
- Émilie REDONDO
- il y a 2 jours
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 18 heures
Année de sortie : 2026
Durée : 1h59
Genre : Comédie, drame
Réalisé par : David FRANKEL
Casting : Meryl STREEP, Anne HATHAWAY, Emily BLUNT, Stanley TUCCI, Kenneth BRANAGH, Simone ASHLEY, Lucy LIU, Justin THEROUX, B.J. NOVAK, Helen J. SHEN, Tibor FELDMAN
Synopsis : Miranda, Andy, Emily et Nigel replongent dans l’univers impitoyable et glamour du magazine Runway et des rues new-yorkaises, où l’élégance est une arme redoutable.
Bref : Cette suite est en dessous de ce que l'on aurait pu attendre. Vraiment dommage !
Nom d'un p'tit bonhomme ! Comment est-ce possible ? C'est la première question que l'on se pose dès le début de ce film. Plus précisément : comment est-il possible que les quatre actrices/acteur principaux du succès de 2006, Le Diable s'habille en Prada, rempilant dans leurs rôles respectifs, puissent avoir, en 2026, exactement la même tête ? Pas une ride. Littéralement (ou plutôt visuellement). Le choc est tellement surprenant qu'il est ensuite très difficile de se l'enlever de la tête.
Vous me direz : la plastique des actrices/acteurs n'est qu'un détail. Sauf que lorsque ce "détail" s'étale sur tous les plans d'un film, qui dure près de deux heures, qui traite du petit monde de l'édition spécialisée dans la mode, véhiculant des stéréotypes physiques impactant toutes les couches de la société en traumatisant des générations entières, cela finit par devenir un enjeu visuel en soi. Surtout un enjeu paradoxal dans la trame même de l'histoire que ce film raconte.
Une trame que cette suite décide d'éloigner de celle originelle du best-seller éponyme de Lauren WEISBERGER, et donc du premier opus, tout en assurant sa continuité. Y sont inclus des considérations plus profondes autour de la crise que subit le monde de la presse, où comment les paquebots de l'édition sombrent, laissant leurs employés sur le carreau, à l'image de marins médusés en quête d'un radeau de fortune. Ils incorporent aussi les différentes mutations des mœurs, comme l'inclusion du "body positive" dans le monde (pas seulement de la mode), celle des relations de travail plus respectueuses, ou comment ne plus pouvoir tranquillement jouer au tyran avec ses employés.
Cette nouvelle direction scénaristique justifie pleinement le risque de faire une suite au carton surprise du premier film. Ou alors, y aurait-il un rapport avec le fait que l'industrie cinématographique, Hollywood surtout, surfe de plus en plus sur une vague de nostalgie, à coup de remakes ou de "live action" (plus ou moins réussis), et un nombre exponentiel de suites (mais pas que, cf. article sur Juste une illusion) ? La stratégie est beaucoup trop alléchante pour les studios, qui s'assurent ainsi une certaine rentabilité, à moindres frais de créativité, en faisant du neuf avec du vieux, quitte à mettre le spectateur dans la peau du benêt qui se fait tondre.
Ces considérations mercantiles mises à part, le prétexte était tout trouvé pour approfondir la psychologie des personnages et permettre de grosses évolutions dans leur dynamique, … ou en tout cas de gros changements, … ou alors juste quelques aménagements ?
Le grand écart qui existait entre Miranda (Meryl STREEP) et Andy (Anne HATHAWAY), en 2006, venait du fait que l'une était la papesse redoutée de l'édition de mode et l'autre, une jeune diplômée en journalisme cherchant à se faire un nom. 20 ans plus tard (dans la réalité comme dans le scénario), le film s'ouvre sur Andy qui reçoit un prix pour son travail, marquant ainsi sa progression et son nouveau statut. Elle sera recrutée à nouveau chez Runway, pour endiguer une crise majeure qui place Miranda, point de mire, en difficulté.
Ce renversement de position offrait de nombreuses possibilités, mais surtout celle de faire bouger les lignes (pas seulement éditoriales) et aurait dû aboutir à un nouveau rapport de forces entre les deux héroïnes, ce que suggérait d'ailleurs la bande-annonce. Pourtant, non seulement il n'en est rien, mais les faibles tentatives finissent par faire "pschit", tant la démarche du scénario est superficielle et finit par retomber dans le schéma précédent.
Les scènes où Miranda se voit empêcher de tyranniser en rond sont assez drôles et parfaitement interprétées, grâce au duo formé par Meryl STREEP et Simone ASHLEY, mais elles ne font que cacher la misère d'une absence totale d'évolution des relations entre les personnages. Ce n'est pas mieux du côté des deux autres protagonistes : celui de Nigel (Stanley TUCCI) est resté bloqué à son point de départ et celui d'Emily (Emily BLUNT) a simplement fait un pas de côté, pour finalement régresser. C'est aussi sans compter les caméos incompréhensibles et les seconds rôles sans substance.
Si l'on creuse un peu plus, le manque de réflexion autour du scénario est criant dans sa construction même. La structure du film est en tout point similaire à celle du premier opus : de la scène d'ouverture présentant la situation actuelle d'Andy à la scène du relooking dans le showroom avec Nigel, en passant par les mondanités obligatoires et le voyage en Europe (ici à Milan plutôt qu'à Paris), ou encore la mission impossible confiée à Andy par Miranda pour solutionner l'intrigue secondaire, elle aussi de retour, qui sous-tend toute l'histoire.
Le spectateur n'a pas seulement une furieuse impression de déjà-vu, mais aussi une sensation du "fait à la va-vite" qui persiste, comme si les producteur, réalisateur et scénariste s'étaient reposés sur leurs lauriers, tout en profitant d'un budget très largement (euphémisme) revu à la hausse. Pire, cela nuit au petit plaisir (pas si coupable) de retrouver ce "monde bling-bling", dans lequel le spectateur s'est allègrement plongé en 2006, où le glamour est la norme et vend du rêve (souvent inaccessible), avec ses protagonistes attachants, qu'ils soient naïfs, mielleux, arrogants ou tyranniques.
Bien qu'en terrain connu et réconfortant, personne n'est dupe. Il s'agit ni plus ni moins d'un "on prend les mêmes et on recommence", les minces modifications et changements apportés ne faisant absolument pas illusion. Au bout de 20 ans, le spectateur était en droit d'espérer que le film, dont il a fait le succès, bénéficie d'une suite à la hauteur de ses attentes (élevées) et que ses différentes composantes fassent l'objet d'une vraie réflexion, ce qui n'est pas le cas.
Au final : On attendait mieux, à tous les niveaux. Une certaine déception, dont il ne reste qu'un soupçon de plaisir. Encore une fois : dommage !



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