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JUSTE UNE ILLUSION

  • Photo du rédacteur: Émilie REDONDO
    Émilie REDONDO
  • 1 mai
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : 5 mai

Année de sortie : 2026

Durée : 1h56

Genre : comédie, drame, famille

Réalisé par : Olivier NAKACHE, Éric TOLEDANO

Casting : Camille COTTIN, Louis GARREL, Pierre LOTTIN, Simon BOUBLIL, Alexis ROSENSTIEHL, Jeanne LAMARTINE, Rony KRAMER, Adèle JAYLE, Giorgia SINICORNI, Augusto FORNARI

 

Synopsis : 1985. Vincent, bientôt 13 ans, vit en banlieue parisienne dans une famille de la classe moyenne. Avec des parents souvent en conflit et un grand frère tyrannique, il est en passe de devenir un "homme". Ce rite de passage s'accompagne de questions existentielles et de doutes sur la vie. Pourtant, même à 13 ans, ce n'est pas “Juste une illusion…” de penser qu'il y a de l'espoir et que l'on peut changer le monde.

 

Bref : Une vraie réussite ! Un retour vers le passé que même Marty McFly ne peut désavouer ! Mettez vos masques et tubas et plongez avec délectation dans cette bulle "made in 80's" ! Un régal !

 

À quoi pouvait bien ressembler la vie d'un pré-ado de 13 ans dans les années 1980 ? Les quadragénaires en savent quelque chose et peuvent joyeusement replonger dans leur enfance/adolescence grâce à cette véritable capsule temporelle que nous propose l'éternel duo de réalisateurs, Olivier NAKACHE et Éric TOLLEDANO.

 

Là où ils avaient pris l'habitude de ne sonder que certains pans de la société, avec plus (Intouchables, Hors normes) ou moins (Le sens de la fête, Une année difficile) de réussite, ils nous offrent ici leur film le plus complet, le plus abouti et le plus personnel, en s'attaquant littéralement à une époque entière. Cette réalisation parviendrait presque à apporter une réponse à la sempiternelle rengaine du "c'était mieux avant !? ".

 

L'idée de faire tourner le scénario autour du personnage de Vincent, et transcrire la vie et le monde par le prisme de son apprentissage et de son évolution, permet de croquer cette époque avec un regard bienveillant, sans pour autant se mettre des œillères et chercher à dissimuler la dure réalité. En cela, Olivier NAKACHE et Éric TOLLEDANO nous offrent leurs propres souvenirs personnels et leur point de vue : c'était une époque différente, ni vraiment meilleure, ni pire que celle dans laquelle nous évoluons actuellement. Il s'agit juste d'un passé, dont on devrait peut-être apprendre à tirer les leçons pour faire mieux à l'avenir.

 

Les réalisateurs passent d'ailleurs au crible tout ce qui faisait le sel de ces années : chômage, racisme, culture, religion, famille, relations sociales/amicales/amoureuses, transmission des valeurs, éducation, Histoire de France, économie, politique, etc. Que ce soit en thème principal ou en clin d'œil, chaque aspect de la sociologie de cette décennie s'emboîte subtilement pour en dresser une image parfaite de réalisme. Y plonger le spectateur est aussi facilité par le choix judicieux d'offrir un porte-étendard personnifié pour chaque élément.

 

Ces personnages, complexes, touchants et attachants, sont portés par un casting aux petits oignons. Chacun d'entre eux fait figure d'un totem multifaces : la mère est l'atout féministe, qui porte sa famille à bout de bras en tentant d'évoluer professionnellement ; le père, au chômage, est dépassé par les injonctions patriarcales à être le pilier de sa famille ; le fils aîné, jeune adulte, est tiraillé entre sa fin de révolte d'adolescence et la conscience de la situation de sa famille ; le gardien de l'immeuble est aussi le gardien de l'intégrité du quartier ; la jeune fille convoitée est aussi rebelle qu'anti-raciste ; le rabbin est le gardien de la foi et de la morale ; les amis du héros font figure de pieds nickelés (ou de jeunes chevaliers arthuriens) ; et enfin le jeune héros est totalement investi dans sa quête (arthurienne donc) pour grandir et comprendre le monde qui l'entoure.

 

Cette ronde de personnages hauts en couleurs vit dans un monde qui n'existe plus vraiment et pour renvoyer le spectateur dans cette décennie, les équipes de décorateurs ont effectué un fabuleux travail de fourmi. Ils ont réussi à recréer des morceaux entiers de quartiers, avec des enseignes commerçantes aujourd'hui disparues (vidéoclub), mais aussi la technologie (cabines téléphoniques, premier modèle d'ordinateur) et les véhicules (voitures ou bus) de l'époque. À noter également l'excellent jeu de piste, concernant le destin (des plus incertain) d'une certaine cassette VHS, distillé en fil rouge tout au long du film.

 

Un tel soin a été apporté aux décors que le spectateur ne peut s'empêcher de faire la comparaison avec l'époque actuelle, à voir ce qui existe encore ou non, ce qui est toujours d'actualité ou non (technologie, transport, média, musique, mœurs…). La mode des années 80 étant ce qu'elle était, les costumes sont bien évidemment parfaitement dans le ton, tandis qu'ils nous ramènent aux jupes en cuir, aux robes à col lavallière ou encore aux vestes à épaulettes. Même la bande originale nous projette dans la féroce compétition qui faisait rage entre le funk, le rock, et le grunge.

 

Tout en nous montrant ce qui manque à notre époque moderne (prendre le temps) et ce que l'on est presque heureux d'avoir (une technologie plus performante), Olivier NAKACHE et Éric TOLLEDANO nous rappellent aussi que certaines choses restent immuables : les parents qui mentent à leurs enfants, sous couvert de vouloir les protéger ; les adolescents qui tombent amoureux et seraient prêts à tout pour se faire remarquer ; les adolescents en bande qui font les 400 coups, sans vraiment réfléchir aux conséquences ; la chance qui risque de nous échapper, si l'on ne cultive pas assez nos relations (familiales, amicales, amoureuses).

 

Ils le font avec un soin attendrissant, mais aussi méticuleux, notamment grâce à leur mise en scène rythmée qui met en lumière la qualité et l'humour percutant des dialogues bien écrits, dont on sent le plaisir des acteurs à les interpréter. On ne s'ennuie pas. On surfe sur la vague de nostalgie d'une époque révolue qui n'avait pourtant rien d'idyllique, mais qui semble rétrospectivement moins dure. Alors au lieu de se demander si c'était mieux avant, le spectateur finit par se demander pourquoi. C'est peut-être bien la question essentielle, non ?

 

Au final : Une fois de plus le tandem Olivier NAKACHE et Éric TOLLEDANO réalise le tour de force de faire un film sociétal drôle et émouvant, qui questionne sur des thématiques importantes, via un prisme touchant. Une bouffée d'air des années 80, dans une ère moderne qui suffoque. Indispensable et jouissive !

 
 
 

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