MY SUNSHINE
- Émilie REDONDO
- 18 févr. 2025
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 19 févr. 2025
Année de sortie : 2024
Durée : 1h30
Genre : Drame
Réalisé par : Hiroshi OKUYAMA
Casting : Sosuke IKEMATSU, Keitatsu KOSHIYAMA, Kiara NAKANISHI, Ryûya WAKABA, Maho YAMADA, Yunho
Synopsis : En hiver, sur l’île d’Hokkaido, les garçons font du hockey. Seulement, Takuya est plus intéressé par le patinage artistique. D'autant plus lorsqu'il regarde la jeune Sakura, à peine arrivée de Tokyo, s'entraîner. En essayant maladroitement de reproduire ses figures, il est repéré par le coach de Sakura qui décide de les entraîner en duo. La prochaine compétition approche, tandis les deux jeunes créent un lien sur la glace. Ce lien résistera-t-il au printemps qui arrive ?
Bref : Un joli film, étonnant par certains côtés, mais décevant sur la promesse que l'on décèle dans sa bande-annonce.
Grand amateur de patinage artistique qu'il a pratiqué enfant, le réalisateur Hiroshi OKUYAMA a toujours souhaité faire un film sur le sujet. C'est chose faite ! Le film a été présenté au festival de Cannes 2024, dans la sélection "Un certain regard".
Un sujet qui lui tenait tellement à cœur, que le réalisateur y a mis beaucoup de lui-même en construisant son histoire sur ses souvenirs d'enfance et sur ses impressions de l'époque.
Le film suit Takuya, un jeune garçon timide et bégayant, qui pratique, sans grande conviction, le hockey sur glace pendant la saison hivernale, comme le reste de ses camarades. Tout comme son personnage, Hiroshi OKUYAMA a pratiqué le patinage dans ses jeunes années, suivant sa sœur qui s'entraînait pour devenir athlète.
Le réalisateur a affublé son héros d'un bégaiement qui renvoie à un de ses propres tics (le fait de se racler la gorge), faisant de lui la cible de ses camarades de l'époque. Comme pour exorciser cette période, il a donné à son héros un meilleur ami, qui ne se moque jamais de lui et ne parle jamais de son bégaiement. Ce héros, cabossé et malhabile, est pourtant beaucoup plus intéressé par les prouesses et les figures exécutées par Sakura, une jeune patineuse artistique.
Centré sur ce duo, le spectateur, qui suit le travail, la détermination et les progrès de l'un, face à la grâce de la pratique de l'autre, va voir naître et se développer un lien spécial entre les jeunes patineurs. La caméra capte parfaitement et avec une grande fluidité les séances d'entrainement, et l'éclairage, bien dosé malgré la difficulté de filmer dans une patinoire, rend une image polie.
En cela, on retrouve la promesse du titre et de la bande-annonce : un film lumineux tant par l'esthétisme que par l'histoire. D'ailleurs, la bande originale du film repose sur le titre My sunshine, de Humbert Humbert (Boku no ohisama en version originale), qui a permis à Hiroshi OKUYAMA de trouver le fil directeur de son scénario, lors de la préparation du film.
Le réalisateur a, de son propre aveu, laissé de gros trous dans le scénario, afin de laisser une grande place à l'improvisation. Des membres de l'équipe soufflaient même leurs répliques aux jeunes acteurs, qui pouvaient se les réapproprier en direct et donc rendre leur jeu plus authentique.
Deux gros bémols pourtant à cette promesse. Le grain présent à l'image donne un effet suranné et rétro aux scènes, ce qui dénote avec l'intention évidente du réalisateur de montrer une relation lumineuse qui naît entre les deux jeunes. La fin du film, très minimaliste, tranche aussi nettement avec la légèreté présente tout au long du récit et laisse largement sur sa faim.
Le réalisateur s'en explique par une volonté de laisser au spectateur le soin de comprendre le film et de se sentir suffisamment concerné pour remplir lui-même les vides. C'est le concept du film à l'histoire ouverte qui redonne la main au spectateur et cherche à l'impliquer. Généralement, le film est tourné (techniquement et scénaristiquement) intégralement autour d'une question prégnante.
Sauf qu'en l'occurrence, le film ne laisse pas suffisamment d'indice sur cette question ouverte posée au spectateur, car, en réalité, plusieurs thèmes se chevauchent. L'un des plus évidents, celui de l'homosexualité, est évoqué en fil rouge du bout des lèvres. Il en découle une grande part de frustration lors du visionnage. D'aucun pourrait y voir un manque d'inspiration à l'écriture du scénario, voire une certaine désinvolture à véritablement clore l'histoire ou même afficher un parti pris.
Chacun ayant son propre avis sur la question, le fait que le réalisateur décide d'incorporer un thème aussi tabou au Pays du Soleil Levant questionne. Le spectateur est donc légitime dans son attente de savoir ce que le réalisateur souhaite réellement exprimer et quel message il veut faire passer, sans se cacher derrière une fausse ou une trop grande pudeur. C'est généralement tout l'intérêt d'un film qui traite, même en filigrane, de ce genre de questions.
Au final : Même si on garde le côté lumineux et léger du film à la fin de la séance, on reste quand même sur une fin sans faim (ou inversement !), et sur une impression qu'il manque quelque chose d'important. Dommage !



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