HAMNET
- Émilie REDONDO
- il y a 5 heures
- 4 min de lecture
Année de sortie : 2026
Durée : 2h05
Genre : Drame
Réalisé par : Chloé ZHAO
Casting : Jessie BUCKLEY, Paul MESCAL, Emily WATSON, Joe ALWYN, Jacobi JUPE, Bodhi Rae BREATHNACH, Olivia LYNES, Noah JUPE
Synopsis : Dans l'Angleterre de 1580, William enseigne le latin pour rembourser les dettes de son père. Il rencontre alors Agnès. Un esprit foisonnant de créativité face à un esprit libre : chacun est fasciné par l'autre. Le mariage ne tarde pas à suivre la liaison, et trois enfants viennent agrandir leur famille. Agnès encourage Will à tenter sa chance comme dramaturge à Londres, tandis qu'elle tiendra la maison de Stratford. Ce fragile équilibre est mis à mal lorsqu’un drame se produit, faisant vaciller le couple. De leur épreuve commune naîtra l’inspiration d’un chef-d’œuvre universel.
Bref : Une merveille à la hauteur du dramaturge et de son legs le plus important ! À ne pas rater !
Que l'on aborde ce film avec l'enthousiasme d'un fan shakespearien, ou avec l'appréhension d'un néophyte, la réalisatrice, Chloé ZHAO, oscarisée pour Nomadland (sorti en 2021), place tout le monde au même niveau, en rendant accessible la légende et la complexité de l'œuvre du dramaturge le plus connu de l'histoire anglaise, grâce à son adaptation du roman Hamnet de Maggie O'FARRELL.
Adoubée par Steven SPIELBERG, dont la société de production Amblin Entertainment co-produit le film, la réalisatrice offre une création cinématographique à la mesure de l'œuvre scénique et littéraire que William SHAKESPEARE a laissée derrière lui.
À l'issue du visionnage, une chose est certaine : le scénario a été mûrement réfléchi. Sa construction révèle le soin apporté non seulement à la retranscription d'une partie de la biographie de l'auteur, mais également à la symbolique et à la signification intrinsèque de son œuvre.
Tout, dans ce film, se décline selon une grille de lecture qui pourrait aussi bien être applicable à une pièce de théâtre, et c'est dans cet esprit que Chloé ZHAO a pris le parti de filmer (peu de mouvements de caméras, plans fixes et raccords assez abrupts). Les unités de temps et de lieu, les décors, les dialogues, etc., tout a été pensé comme si le film se déroulait sur une scène.
Il est question de symboles. L'utilisation des couleurs, matérialisée par les costumes et les décors, en est un bon exemple. Le rouge de la robe d'Agnès (Jessie BUCKLEY), associé au vert vif de la forêt, magnifié par une photographie de toute beauté, symbolise la liberté, la vie sans contrainte, et renvoie aux croyances païennes des guérisseurs et autres rebouteux. Une vie que va rechercher l'enseignant malheureux et le futur auteur, dans sa révolte contre l'ordre établi.
Cet ordre trop étriqué, qu'en contraste, la réalisatrice nous présente sous la forme de la famille Shakespear, tous vêtus de noir et blanc, évoluant dans une bâtisse vieillissante de mêmes tons (reconstituée pour l'occasion), à la géométrie rectiligne, reflète la bien-pensance du dogme religieux et le carcan social, dans lequel les parents de William veulent le maintenir.
Par sa réalisation, Chloé ZHAO invite le spectateur à se pencher sur le sous-texte de son film, qui fait tout autant écho à celui des écrits de l'auteur anglais, sur une musique onirique, tantôt tendre tantôt puissante, composée par un Max RICHTER au sommet de son art (à écouter : sa réorchestration des Quatre Saisons de VIVALDI, que les fans de La chronique des Bridgerton reconnaîtront), parfaitement balancée avec les bruitages tout aussi essentiels, car participant à l'ambiance des scènes.
Une musique originale qui accompagne et met subtilement en valeur les performances de l'ensemble des acteurs, dont le jeu, souligné par des plans serrés, est plus qu'admirable. D'ailleurs, il ne s'agit pas de jeu, ni d'interprétation, mais réellement d'incarnation. Leurs personnages vivent, aiment, font face aux doutes et surmontent les obstacles.
Le scénario et les comédiens entraînent le spectateur dans une valse de sentiments et d'émotions qui, comme si elle répondait à la musique elle-même, va crescendo pour atteindre un point d'orgue qui prend aux tripes et noue la gorge. Toutes les émotions sont présentes : de la joie la plus simple, à la plus cruelle des douleurs.
Elles sont mises en scène comme au théâtre, dans des cadres définis et construits au cordeau. Certains plans sont remarquables par leur composition, avec un premier plan vide et sombre, un second plan formé par l'encadrement d'une porte (comme un œilleton), et une action se déroulant dans l'arrière-plan d'une pièce éclairée où les personnages évoluent. Cette composition est récurrente dans le film et traduit, en image, la volonté de la réalisatrice de marquer des moments d'intimité ou de resserrer sa focale sur un moment clé de l'histoire.
Elle parvient ainsi, sans fioritures, à retracer le pan originel et fondateur de la vie d'un des auteurs les plus lus, prolifiques et emblématiques des 16ᵉ et 17ᵉ siècles, tout en permettant à ceux qui le connaissent moins, d'appréhender le sens du texte et de comprendre le contexte dans lequel il a écrit sa pièce la plus connue, son chef-d'œuvre, Hamlet.
Cette œuvre traite des sujets universels, comme la mort, la vengeance, le sacrifice, l'abandon, la trahison, la folie et le deuil. C'est ce dernier que la réalisatrice transforme en fil rouge de son film. La vie est faite de deuils : de proches disparus, de choix faits ou non, de ce que l'on croit savoir ou non, etc. Elle revient sur la manière d'exorciser le deuil et le doute, ce que William fera en se transcendant à travers son art.
Ce qui aboutit à une morale, comme dans la pièce de SHAKESPEARE, que chaque spectateur pourra lui-même trouver. Car, il n'y a pas de réponse toute faite, ni universelle. Pour la trouver, il faut juste "garder le cœur ouvert".
Au final : un petit chef-d'œuvre qui mérite les honneurs d'un visionnage en anglais dans le texte (sinon, c'est comme voir Cyrano de Bergerac en japonais). Un film et une histoire complexes, qui marquent par leur simplicité apparente. Beau et poignant. Magnifique !



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