TROIS ADIEUX
Année de sortie : 2026
Durée : 2h00
Genre : drame
Réalisé par : Isabelle COIXET
Casting : Alba ROHRWACHER, Elio GERMANO, Galatea BELLUGI, Silvia D'AMICO, Francesco CARRIL, Sarita CHOUDHURY
Synopsis : Antonio quitte Marta après une dispute d'apparence sans importance. Alors qu'Antonio, chef en pleine ascension, se plonge dans ses fourneaux, Marta, choquée, se réfugie, elle, dans le silence. Au-delà de sa profonde tristesse, elle n'a plus d'appétit. Quand elle découvre ce qui se cache derrière, tout prend un tour inattendu : la nourriture a meilleur goût, la musique la touche comme jamais et le désir réveille en elle l'envie de vivre sans peur.
Bref : un film élégant, au service d'une belle histoire, douce et mélancolique, qui traite pourtant d'un thème assez dur. Le genre de film dont on ressort changé !
Ce film est pétri de mélancolie, que ce soit dans son histoire ou dans sa genèse. En effet, il est l'adaptation du roman, Tre ciotole : Riti per un anno di crise, paru en 2023, de l'autrice italienne Michela MURGIA qui décèdera quelques temps après la publication. Pour réaliser son film, Isabelle COIXET a travaillé avec la famille de l'autrice et s'est immergée dans sa bibliographie, afin de pouvoir retranscrire en image ses intentions.
C'est probablement ce qui rend le résultat final aussi poignant. La réalisatrice plonge le spectateur dans l'histoire de Marta, professeur de sport dans un lycée de Rome. Depuis des années avec Antonio, le couple semble s'être installé dans une routine rassurante pour Marta, mais qui devient insupportable pour Antonio. Au détour d'une dispute d'apparence anodine, Antonio quitte Marta.
Le scénario met en exergue la brutalité des événements, particulièrement du point de vue de Marta d'abord, puis de ceux des autres personnages ensuite. La rupture, de manière générale, est propice à l'exploration du fonctionnement humain en temps de crise et permet de décortiquer les mécanismes à l'œuvre. Que ce soit le manque de communication, l'incompréhension, la douleur de la séparation, le deuil de la relation, toutes les étapes sont passées au crible de façon presque clinique.
Comment Marta, qui ne comprend pas ce qu'il se passe ni pourquoi elle s'est faite "larguer", entre tout d'abord dans un profond silence. Comme tout être humain, elle cherche un moyen de supprimer la douleur, le manque, l'absence de l'être aimé. Pour souligner le mal-être de sa protagoniste, la réalisatrice s'appuie non seulement sur le jeu tout en retenue d'Alba ROHRWACHER, mais utilise aussi une image en 4/3 (35 mm), avec un grain et une patine qui rappellent le cinéma d'auteur italien des années 1960-1970.
Cette esthétique rétro a le bénéfice d'accentuer l'errance de Marta dans la ville éternelle que, paradoxalement, la réalisatrice a laissée de côté. Seuls Marta et son chagrin semblent avoir de l'importance. La réalisatrice fait plonger un peu plus le spectateur dans sa tristesse comme pour l'accompagner. Sauf que ce chagrin n'est pas la seule difficulté qu'elle va devoir affronter. Sur une musique dysharmonique, accentuant la tension, Marta découvre que sa perte d'appétit et ses malaises ont une origine tragique.
Utilisant tous les ressorts dramatiques à sa disposition, la réalisatrice imprime la descente aux enfers de Marta, le repli sur soi, le rejet de l'autre (sa sœur, ses collègues, ses élèves), la filmant seule dans son appartement, sur son vélo dans les rues de Rome, ou lors des consultations chez l'oncologue. Cette solitude est plus que palpable à l'image, dont les cadrages en plans américains ou serrés captent sa détresse et son désespoir.
Puis, à mesure que la douleur du cœur de l'héroïne s'atténue, que le monde se rappelle à elle, qu'elle le redécouvre et qu'un traitement la soulage, tout comme elle, le spectateur reprend espoir. Un espoir qui passe aussi par la découverte, à côté des poubelles en bas de son immeuble, d'une figure en pied et en carton d'un célèbre chanteur coréen. Sur une impulsion, elle va le ramener chez elle. Il deviendra le catalyseur de son retour vers les vivants.
La lumière revient dans la vie de Marta, comme à l'image, où la photographie s'éclaire de teintes chaudes. La musique se fait plus douce à mesure que l'héroïne retrouve le goût de la vie, de la nourriture (vive les gelati), celui des relations humaines. Elle se rappelle à la vie et redécouvre l'envie de vivre pleinement. Même quand le couperet tombe, elle décide de s'accrocher à ce qui aurait pu être, à ce qui devait ou devrait être, même si c'est une nouvelle relation amoureuse qui n'aura pas de lendemain.
Bien qu'il le présente, le film ne s'attarde pas sur le point de vue d'Antonio. Comme si la décision soudaine, cruelle et irréfléchie de quitter Marta, sans même s'expliquer, était suffisamment absurde pour ne pas s'appesantir dessus. C'est comme si la réalisatrice montrait sa désapprobation quant à ce comportement inconséquent. La scène où Antonio se met à genoux, sur le quai du Tibre, pour implorer Marta de le pardonner et de le reprendre, montre à la fois tout le grotesque et le pathétique (avec une bonne dose d'égocentrisme) dont il peut faire preuve.
Le film se clos sur l'intemporel I get along without you very well (except sometimes), interprété par l'inégalable Nina SIMONE, qui fera verser les larmes retenues depuis au moins le milieu de l'histoire. Car Marta a fait ses adieux à sa carrière, à son amour perdu et à sa vie. Mais pas seulement. En mettant en ordre ses affaires avec sa sœur, son collègue Agostini, son ex-compagnon, ses amis, ses élèves, elle a fait ses adieux à bien plus. Tous comme eux ont pu lui faire leurs adieux et vont désormais entrer à leur tour dans les différentes étapes du deuil, que Marta elle-même avait surmontées.
Cette expression du cycle de la vie, que la réalisatrice matérialise par l'image et l'histoire, est à la fois troublante, mais surtout pleine d'espoir. Un espoir qui ne peut naître que de l'acceptation, qui ouvre la voie pour continuer à vivre pleinement, même si l'on est vulnérable et que le temps manque.
Au final : un film dont la pudeur souligne la résilience de sa protagoniste. Une belle leçon, qui laisse tout chamboulé, mais qui invite aussi à la réflexion. Beau, tout simplement.



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