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DE LA COMÉDIE FRANÇAISE

Photo du rédacteur: Émilie REDONDO
Émilie REDONDO
il y a 11 minutes
4 min de lecture

Année de sortie : 2026

Durée : 1h55

Genre : comédie

Réalisé par : Martin DARONDEAU, Bertrand USCLAT

Casting : Pauline CLÉMENT, Laurent STOCKER, Julen FRISON, Marina HANDS, Adeline D'HERMY, Danièle LEBRUN, Sefa YEBOAH, Christian HECQ, Serge BAGDASSARIAN, Sephora PONDI, Florence VIALA, Guillaume GALLIENNE, Benjamin LAVERNHE, Françoise GILLARD, Gilles DAVID

 

Synopsis : 3 heures avant le lever de rideau de la première. C'est le temps qu'il reste à Nina pour régler les derniers détails de sa mise en scène à la Comédie-Française. Sauf que rien ne se passe comme prévu : retards dans le filage, le stress se mêlant au trac, les problèmes techniques et d’égo s'enchainent. Nina n’a pas le choix : elle doit aller jusqu’au bout car, la règle d’or de la Comédie-Française, c’est qu’on n’annule pas. S'enclenche alors une course effrénée pour sauver la représentation.

 

Bref : drôle, comique, burlesque, … toutes les variantes de la comédie y passent ! On compatit, mais surtout on rit sans modération ! Une petite pépite qui fait du bien !

 

Voilà LA comédie française de l'été (voire de l'année) que l'on n'avait pas vue venir ! Ce film court (sur patte) dénote dans le paysage cinématographique de ces dernières années, et notamment de cet été, où les blockbusters rivalisent de longueur (2h25 pour Spider-Man 4 et 2h53 pour L'Odyssée). Certes, il n'a pas la capacité d'atteindre leurs classements respectifs (stratosphériques) au box-office, mais sa durée d'1h15 et sa qualité vont en convaincre plus d'un, dans un contraste des genres rafraîchissant !

 

Comment donner un grand coup de balai aux a priori sur une véritable, et tout aussi vénérable, institution française qui a porté le spectacle vivant au pinacle ? Car, oui, la Comédie-Française semble avoir une étiquette de paquebot, figé dans ses règles historiques et poussiéreuses, collée à sa devanture (qu'elle a architecturalement magnifique d'ailleurs). Quoi de mieux et de plus efficace que de permettre à cette éminente maison de se moquer d'elle-même ?

 

Martin DARONDEAU et Bertrand USCLAT ont repris ce qui devait être un projet de série sur la Comédie-Française pour en faire un film, avec un casting intégralement composé de ses membres, qu'ils en soient sociétaires ou juste pensionnaires. Le scénario, auquel a également contribué Pauline CLÉMENT, qui incarne la protagoniste Nina, regroupe des anecdotes et des témoignages des comédiens de l'institution. Cela renforce l'impression d'authenticité qui se dégage de l'histoire, tout comme les décors originaux, le tournage ayant eu lieu sur le site même de l'institution, faisant ainsi découvrir les espaces d'ordinaire cachés au public.

 

Certes, la Comédie-Française est régie par des règles, certaines historiques, mais il n'y a rien de poussiéreux ni de vieillot ! C'est d'ailleurs ce que revendique le film dans son utilisation du burlesque pour caricaturer certaines situations, qui sont transformées en scène où le cocasse se dispute à l'absurde, le tout emballé dans un réalisme que le spectateur n'a aucun mal à se figurer. C'est une plongée dans les coulisses, dans le fonctionnement, dans le quotidien des comédiens qui soir après soir montent sur scène pour donner vie à des œuvres antiques ou modernes.

 

Et pour l'exemple, prendre les coulisses des dernières heures avant une première est idéal pour l'illustrer. Ce moment, entre chien et loup, où tout peut soit mal tourner (les faux raccords sont, pour le coup, raccords) soit miraculeusement bien s'enchaîner, est parfaitement propice au détournement, à l'exagération et à l'émotion. Le parti pris de faire s'enchaîner les ratés, les obstacles, les contraintes, les égos, pour plonger les personnages dans des positions intenables, rappelle les films de Charlie CHAPLIN, ceux des MONTY PYTHON ou encore du duo FERNANDEL/BOURVIL.

 

Pourtant, ils se concentrent sur l'aspect théâtre/théâtralité de l'histoire. L'écriture du scénario renvoie à une découpe en actes puis en scènes, comme n'importe quelle pièce, ce qui est souligné par un montage qui s'y aligne et des coupes qui en suivent les marques. Tous les genres sont également représentés : de la tragédie au comique pur, en passant par la farce et le vaudeville.

 

Au passage, le film ne se fait pas prier pour casser de nombreux a priori et tous ses clichés volent littéralement en éclat à plusieurs égards. La Comédie-Française se révèle être à ses heures alternativement une cacophonie, un chaos organisé, un cauchemar de comédien, un lieu d'expression et d'ouverture, de résilience et d'entraide où il n'y a pas de petit rôle, une famille qui se déchire, qui se rabiboche, qui se soutient dans l'adversité pour que toujours le spectacle soit présent sur scène.

 

Car, la seule règle immuable, celle que son non moins vénérable créateur avait instaurée, est qu'il n'y a pas d'annulation à la Comédie-Française (aucune depuis sa création en 1680). Le spectacle doit toujours continuer (on sait où Freddy Mercury à trouvé son inspiration, soyons fous !). Tous les membres sont polyvalents et sont capables de reprendre un rôle à la volée. C'est ce que les réalisateurs caractérisent par des rôles attribués à contre-emploi (comme l'excellent Guillaume GALLIENNE en gardien de l'accueil du théâtre).

 

Le film se permet aussi quelques mises au point politique et historique. La pique adressée au(x) Ministre(s) de la Culture, qui passe(nt) pour une (des) inculte(s) sans aucun goût, est savoureuse. Tout comme celle du créateur de Comédie-Française, adressée à son homologue anglais William SHAKESPEARE, renvoie très certainement à ce qu'aurait pu être la bataille des dramaturges au XVIIème siècle, par pièce interposée.

 

À cette occasion, les réalisateurs font tomber le quatrième mur (lorsque le comédien regarde droit dans l'objectif et s'adresse directement au spectateur) pour reconnecter le spectateur à l'art vivant à travers l'image en mouvement. Un bon moyen de rapprocher ces deux arts complémentaires, que trop souvent d'aucun voudrait les opposer, que sont le cinéma et le théâtre.

 

Au final : un beau film sur l'art vivant du théâtre qui fait tomber quelques idées reçues et qui rappelle que la Comédie-Française n'est pas devenue l'institution qu'elle est sans raison. Hilarante et bien portée, l'histoire vous embarque en moins de douze coups !


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