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LA BATAILLE DE GAULLE (1 & 2)

  • Photo du rédacteur: Émilie REDONDO
    Émilie REDONDO
  • il y a 21 heures
  • 5 min de lecture

Année de sortie : 2026

Durée : 2h40 et 2h39

Genre : historique, thriller

Réalisé par : Antonin BAUDRY

Casting : Simon ABKARIAN, Simon RUSSELL BEALE, Florien LESIEUR, Benoît MAGIMEL, Loïc CORBERY, Anamaria VARTOLOMIE, Niels SCHNEIDER, Karim LEKLOU, Anthony CALF, Félix KYSYL, Mathieu KASSOVITZ, Thierry LHERMITTE, Tom MISON, Kacey MOTTET KLEIN, Grégoire COLIN, Pablo COBO, Campbell SCOTT, Maxime BAILLEUL, Daniel BETTS, Camille RUTHERFORD, Campbell SCOTT, Pip TORRENS, Sami AMEZIANE, Stephen CAMPBELL-MOORE

 

Synopsis : Lorsqu'en juin 1940 la France s'effondre et signe l’armistice, un homme refuse de céder. Ce général inconnu, désormais apatride et condamné à mort par une cour martiale, s'échappe vers Londres pour sauver ce qu'il reste de son pays. Il n'a pas d'armée, aucun appui, mais une détermination farouche. Il sait que la France n'a pas déposé les armes. Il va se démener pour convaincre le monde que la bataille de France n'est ni terminée, ni perdue. Les obstacles et déconvenues s'enchaînent, pourtant il convainc et les ralliements se font plus nombreux : que ce soit en Angleterre, dans l'Afrique des colonies, ou sur la terre de France, la résistance s'organise. Dans l'ombre ou en plein jour, la foi dans leur juste cause, avec une audace et une rage de liberté et d'honneur, ils renversent une histoire qui jusque-là semblait pourtant écrite d’avance.

 

Bref : un grand film fait pour les jeunes et futures générations. Plus qu'un devoir de mémoire, une leçon magistrale qu'elles auraient tout intérêt à apprendre, par les temps qui courent…

 

Autant tout de suite balayer une idée reçue : il ne s'agit pas d'un biopic sur le Général De GAULLE. Enfin, pas que. Adapté de la biographie du Général par Julian Jackson, auteur américain exposant un point de vue assez objectif et des sources de première main, le réalisateur veut offrir beaucoup plus que la "simple histoire" du grand homme. Le vrai propos du film est plus large : comment la France a-t-elle survécu ? Par quel miracle, quel concours de circonstances un pays entier a-t-il pu survivre et se relever après avoir été mis à terre ?

 

Un début de réponse se trouve dans un autre film, qui lui fait écho. Les heures sombres (Joe WRIGHT – 2018), traite de cette même période (1939-1944) vue du côté anglais, par le prisme du Premier Ministre Winston CHURCHILL. Lors d'une rencontre avec le Roi George VI, à qui il demande conseil sur une possible négociation avec l'ennemi, il précise que : "les nations qui tombent en se battant s'en relèvent, et celles qui se rendent docilement sont finies."

 

La Bataille de Gaulle raconte bel et bien celle de la France, et non celle de De GAULLE (d'où la nuance dans le titre). Au visionnage des deux parties, qui ne sont en réalité qu'un seul film de plus de 5 heures (à voir à la suite pour plus de cohérence), on comprend que ce film est une étude de cas sur la stratégie, autant militaire que géopolitique : comment réagit une nation qui est attaquée et se fait envahir par un pays voisin. Le postulat de départ, qui raisonne fortement avec l'actualité à plus d'un titre, est posé d'entrée via le point de vue d'un protagoniste principal, celui du Général de GAULLE et de son idée de la France.

 

Ce parti pris avait dirigé la mise en scène d'Antonin BAUDRY (ancien diplomate et auteur de BD) dans son premier film très réussi, Le champ du loup (2019). Ici, il le décline à une échelle beaucoup plus importante, seulement le grand nombre d'intervenants et d'événements relatés laisse peu de place à chacun pour apprécier pleinement leur portée. Comme si le réalisateur ne savait pas très bien quelle perspective adopter ni comment s'y tenir, cela entraîne une sorte de lecture informative des événements, des mécanismes à l'œuvre et des options disponibles en fonction des circonstances…

 

Pourtant, il arrive à imprimer une mise en scène intense à certains épisodes, soutenue par une technique plutôt bonne qu'il adapte à chaque contexte : du soulèvement des étudiants de Paris, aux portes anglaises enfoncées en passant par la bataille de Bir Hakeim (partie 1), ou encore le chaos de la mise en place de la résistance, à la bataille de la ligne de Mareth, jusqu'à l'entrée de la division LECLERC dans Paris (partie 2).

 

Un élément transparaît dans tout le film : le fait que le réalisateur et ses acteurs, notamment l'excellent Simon ABKARIAN, n'ont pas cherché l'imitation, mais plutôt l'incarnation, celle d'une détermination à relever l'honneur et la dignité de la France foulés au pied par les capitulationistes et les collaborateurs, celle d'un idéal qui s'appelle France avec ses valeurs intrinsèques de liberté, d'égalité et de fraternité.

 

Le scénario est d'ailleurs sans pitié lorsqu'il aborde des événements historiques bien réels, moins connus du grand public (car absents des manuels d'Histoire ou des films sur le sujet), comme la versatilité anglaise, passée maître dans l'art du retournement de veste, ou la tentative à peine voilée des américains pour faire de l'Europe, et en particulier de la France, une province vassale à leurs bottes (nous faisant ainsi passer de celles des nazis à celles des yankees). Il fait assez bien ressortir les interminables jeux de pouvoir, de bluff, d'information ou de désinformation, les trahisons et les pièges tendus, les compromis et les négociations, les positions réelles ou de façade.

 

L'enjeu est donc plus la survie et l'honneur de la France ("ce que nos enfants ne pourront pas nous reprocher") qu'un hommage à la personne du Général, bien qu'il le montre toutefois autant inébranlable (souvent) que vulnérable (parfois) face aux mépris, aux insultes et aux humiliations, dont aucun ne lui aura été épargné, dans des scènes de huis clos aux champ/contre-champ parfaitement exécutés.

 

Une survie de la nation due à tous ceux qui ont travaillé et participé à la libération de la France, auxquels il rend justice. Même si la part belle est faite aux batailles de l'armée de la France libre, qui manquent de profondeur (les unités de temps et d'espace étant assez décousues) et affichent un réalisme pudique, elles soulignent néanmoins le courage des héros militaires sous les ordres de KOENIG et de LECLERC.

 

Le réseau balbutiant puis organisé des résistants de tous horizons met à l'honneur son instigateur, Jean MOULIN, et tous ceux qui l'ont fait vivre (symbolisés par Livia) autant que leurs sacrifices, mais aurait mérité une exploration plus poussée. Sans oublier les hommes de l'ombre (PLEVEN) ou encore tous ceux qui se sont ralliés (les révolutionnaires espagnols, les infirmières franco-américaines, les tirailleurs sénégalais ou les peuples du désert, etc.), mais aussi ceux qui ont aidé envers et contre les ordres reçus (EISENHOWER l'américain et MONTGOMERY l'anglais), mais qui restent sous-représentés.

 

Grâce à eux, la France est restée "invaincue" au prix de nombreux sacrifices, à la faveur de concours de circonstances, à la suite de décisions folles et courageuses à tous les niveaux. Le film semble aussi dire que sans le trio De GAULLE/LECLERC/MOULIN, la France n'existerait peut-être plus. Il place enfin immanquablement le spectateur face à un miroir qui questionne, sous couvert des mots de Paul ÉLUARD (Liberté) : et vous, qu'auriez-vous fait ? Que feriez-vous si cela arrivait aujourd'hui ?

 

Au final : un film pédagogique qu'il serait bon d'étudier dans les écoles, pour montrer ce que la défaillance des élites peut coûter à un pays et le travail colossal, le dévouement et l'abnégation que cela requiert pour conserver une indépendance et une liberté que beaucoup prennent pour acquis. Une piqûre de rappel patriotique primordiale portée par une œuvre admirable, même si elle n'est pas dénuée de défaut ! Inratable et essentielle !

 
 
 

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