LA VÉNUS ÉLECTRIQUE
- Émilie REDONDO
- 29 juin
- 4 min de lecture
Année de sortie : 2026
Durée : 2h02
Genre : comédie, romance
Réalisé par : Pierre SALVADORI
Casting : Anaïs DEMOUSTIER, Pio MARMAÏ, Gilles LELLOUCHE, Vimala PONS, Gustave KERVERN, Madeleine BAUDOT
Synopsis : Dans le Paris de 1928, Suzanne travaille dans une fête foraine comme la "Vénus Electrificator", qui offre le baiser électrique pour une modique somme. Un soir où elle furète dans la tente de la voyante, elle tombe sur Antoine Balestro, peintre à succès qui n’arrive plus à travailler depuis la mort de sa femme, au grand désespoir de son galeriste Armand. Complètement saoul, Antoine prend Suzanne pour la voyante et lui demande, moyennant finance, d'entrer en contact avec sa femme. Suzanne saute sur l'occasion et se révèle assez douée, notamment grâce à l'aide d'Armand. En enchaînant les "séances", si Antoine retrouve son inspiration, Suzanne, elle, sent qu'elle commence à tomber amoureuse de l’homme qu’elle manipule.
Bref : une comédie romantique très sympathique et plutôt bien faite… Enfin, si l'on n'y regarde pas de trop près.
"La Vénus électrique" est un film plutôt bien réalisé, avec une jolie histoire, portée par un casting qui partage une belle alchimie. Seulement, comme le présente (pas si) subtilement le Bref, ce film se révèle être un film à "MAIS…". Explications…
Ce qui frappe de prime abord est que Pierre SALVADORI réalise un film propre, avec une technique maîtrisée, MAIS qui comporte une profusion de plans serrés. Certes, on pourrait objecter que ces plans sont idéaux pour capter toute l'émotion déployée par les acteurs et actrices, une des conditions du succès du genre, MAIS point trop n'en faut, sauf à se tirer une balle dans le pied et obtenir l'effet inverse.
La première balle atterrit en plein dans l'émotion justement. Focalisés sur les visages, ces plans enferment les protagonistes dans des cadres assez exigus, d'autant que l'histoire tourne autour de quatre personnages principaux, les autres étant assez sous-exploités. Les séquences perdent en lisibilité et manquent paradoxalement de profondeur pour laisser s'exprimer toute l'émotion. Les actrices/acteurs en offrent une palette assez riche, MAIS ils semblent contenus par la mise en scène, sans pouvoir laisser libre cours à une extravagance que requerraient certaines scènes.
De la même manière, l'image s'appauvrit en décors. Les équipes de décorateurs se sont évertuées à recréer des morceaux du Paris de 1920, MAIS ce travail n'est presque pas visible à l'image. Ou alors, est-ce à dire que le réalisateur a ainsi pu faire des économies sur des décors historiques généralement coûteux ? Cela ampute le film d'un cadre naturel, pourtant facilement accessible (certains quartiers de Paris étant restés dans leur jus), dont il se serait enrichi. Reste que, pour l'exemple, le spectateur n'est pas vraiment capable d'évaluer la taille de la fête foraine, qui reste un élément clé de l'histoire.
La bande-annonce est assez alléchante, tout comme l'affiche du film et le scénario, dont la référence frappante au Metropolis de Fritz LANG (1927 – second volet de son diptyque Les Nibelungen), saute aux yeux. Ces clins d'œil disséminés dans tout le film mis à part, ils vantent au spectateur une comédie romantique, dont Pierre SALVADORI est un habitué, MAIS qui n'arrive pas ici à réellement l'imprimer, tant le thème du deuil reste prédominant.
La multiplication des casquettes (réalisateur, scénariste, dialoguiste, producteur) peut offrir une certaine liberté créative, MAIS, ici, cela a peut-être eu pour effet pervers de le focaliser sur le mauvais domino. Car, il est évident qu'il y a un bon nombre de ratés comiques : soit par des plans trop serrés (encore eux) qui empêchent d'appréhender l'humour des scènes dans sa globalité (comique de gestes, de situation), soit par des dialogues bien écrits, MAIS légèrement hors timing du fait de la mise en scène, soit par des ressorts humoristiques sous-utilisés, voire pas du tout utilisés.
Car, le scénario est plutôt bien écrit et l'histoire sympathique, MAIS elle reste assez prévisible. Elle n'exploite pas à fond l'énorme potentiel humoristique qu'offre le doublet imposture/voyance charlatanesque, ce qui est vraiment dommage. Ce sujet est pourtant propice à toutes les excentricités, à côté desquelles passe complètement le réalisateur. Quant à l'aspect romantique, il reste gentillet, là où, ici aussi, on aurait aimé y voir un peu plus d'exubérance.
Dans ce quatuor improbable, chacun propose sa propre perspective quant aux événements qui aboutiront au décès d'Irène, qui devient une intrigue en soi au moyen de différents flashbacks. Ces derniers apportent de la profondeur à l'histoire et en constituent le fil rouge. S'immergeant dans le passé, le peintre et le galeriste revisitent leurs souvenirs, tandis que Suzanne, la mystificatrice, plonge dans les carnets d'Irène (la découvrant ainsi intimement) et devient la messagère de la perspective défunte.
Entre alors en scène un jeu de culpabilités croisées (celle du veuf qui s'en veut de la mort de sa femme, celle du galeriste qui s'en veut de manipuler son artiste et celle de la fausse voyante, dont la conscience affronte les prémices d'un sentiment amoureux envers le peintre), MAIS qui perd progressivement tout intérêt par l'absence de ressorts comiques ou romantiques, ou même de twists (renversements de situation), qui pourraient surprendre le spectateur.
Pourtant, cet artifice scénaristique aurait tendance à racheter cette avalanche de "MAIS". Car, étonnamment, le film fonctionne. Le rire est quand même présent et les cœurs seront attendris par la romance, même si, intuitivement à la fin, le spectateur n'est pas aussi enthousiaste qu'il s'était attendu à l'être.
Au final : un film qui se regarde avec enthousiasme, même s'il ne tient pas toutes ses promesses et laisse un arrière-goût assez fade.



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